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Nazisme: le camp de concentration de Buchenwald (2ième guerre mondiale 1939-1945)

Weimar en Thuringe (environ 65.000 habitants en 1939) est la ville de Goethe, Schiller, Franz Liszt et Bach. Goethe avait l'habitude de monter sur la colline de l'Ettersberg et d'y travailler à l'ombre d'un hêtre. C'est précisément cet endroit, à 8km au nord de Weimar, que choisissent les nazis pour y ériger le camp de concentration de « Buchenwald » (« Bois de hêtres »).

Buchenwald : vue aérienne du camp Buchenwald : vue aérienne du camp

2.1. Le camp avant la guerre

ayant décidé de déclencher la guerre, un plan de quatre ans est lancé à l'automne 1936 par Göring, qui prévoit notamment de créer un camp de travail à Buchenwald, camp qui devra abriter 3.000 détenus. Ceux-ci devront utiliser l'argile locale pour fabriquer des briques. Cette décision s’inscrit dans la politique de la liquidation des petits camps régionaux au profit de grands ensembles regroupant zone d’internement, casernes et logements pour les SS et ateliers de production de la SS. demande donc au Gauleiter Sauckel la mise à disposition d’un terrain d’à peu près 60 hectares pour y détenir entre 3.000 et 8.000 personnes ainsi qu’un bataillon de 1.300 SS. Après de longues tractations, la municipalité cède un ancien domaine princier, l’Ettersberg, peu favorable à l’habitat.

L’Ettersberg, près de Weimar : c’est là qu’est créé le camp de concentration de Buchenwald L'Ettersberg, près de Weimar : c'est là qu'est créé le camp de concentration de Buchenwald

Le 19 juillet 1937 un kommando de reconnaissance de 149 « droits communs » arrive de Sachsenbourg et s’installe sur la colline de l’Ettersberg. Suivent le lendemain 70 autres « verts », venus de Sachsenbourg. Le 27 arrivent les premiers prisonniers politiques, le jour où baptise le camp « Buchenwald » (la municipalité nazie avait protesté contre l’attribution du nom « Ettersbeg » au camp…) Le 30 juillet arrivent 600 détenus du camp dissous de Lichtenberg. Le 6 août il y a 1.400 forçats sur les lieux, « verts », « rouges », et « violets ». On commence le défrichement de la colline, en épargnant un chêne dit « de Goethe » qui sera plus tard le centre du camp.

Buchenwald : l’appel Buchenwald : l’appel

Peu à peu surgit une véritable « Ville-camp » avec ses édifices en dur, ses rues, ses usines... Une route reliant le camp à Weimar est construite : la construction de cette voie, la « Route du Sang », coûtera la vie à plus de 10.000 détenus. Fin 1937, il y a 2 912 détenus, tous Allemands : communistes, témoins de Jéhovah, droits communs, prisonniers de « Sicherheit » (sécurité). C’est Théodore Eicke, inspecteur général des camps depuis le 4 septembre 1936, qui supervise le camp et l’aligne sur le modèle de Dachau, qu’il a commandé de 1933 à 1936. Il nomme Karl Koch commandant du camp. Koch restera à ce poste jusqu’en 1941, et aura à ses côtés son épouse, Ilse, la « Chienne de Buchenwald », avant d’être accusé de corruption et de finir exécuté par les SS eux-mêmes…

« Jedem das Seine », « A chacun son dû » : entrée du camp de Buchenwald avant la guerre « Jedem das Seine », « A chacun son dû » : entrée du camp de Buchenwald avant la guerre Buchenwald : fac-similé de la déclaration que les détenus « témoins de Jéhovah » devaient signer Buchenwald : fac-similé de la déclaration que les détenus « témoins de Jéhovah » devaient signer

A cette époque, l’accent est avant tout mis sur la rééducation, car les plus dangereux opposants ont déjà été éliminés. Cela n’empêche par les SS de traiter les prisonniers avec mépris et dureté… Ainsi, dès leur arrivée, les « Häftlinge » doivent parcourir sous les coups des SS les 10 kilomètres séparant la gare de Weimar à la colline, au pas de course, en portant éventuellement les morts en cours de voyage. Cette pratique se prolonge jusqu’en 1943, lorsqu’entrera en service une gare à Buchenwald, construite pour les besoins de l’usine d’armement du camp et dont vont profiter les détenus…

Buchenwald : 1937, arrivée d’un convoi de détenus Buchenwald : 1937, arrivée d'un convoi de détenus

2.2. Le camp durant la guerre

Avec la guerre et l’afflux de prisonniers de tous horizons le camp s’agrandit considérablement et sa vocation change : travail, répression, élimination… Fin 1939 arrivent dans le camp femmes et hommes soupçonnés de communisme et d'antinazisme, puis à partir d'octobre 1941, les prisonniers de guerre soviétiques, traités beaucoup plus durement, comme du bétail.

« Jedem das Seine », « A chacun son dû » : entrée du camp de Buchenwald « Jedem das Seine », « A chacun son dû » : entrée du camp de Buchenwald

A son arrivée, le prisonnier est interné dans le « Petit camp » dit « camp de quarantaine ». Ce petit camp fonctionne jusqu’au printemps 1942. Il est installé sur une partie de la place d’appel, et comporte des tentes et un block en dur, le tout entouré de barbelés. Ni poêle, ni paillasse, ni armoires, ni couvertures.

Buchenwald : le Reichsführer <a class=Himmler visite le camp'> Buchenwald : le Reichsführer visite le camp

A partir de 1942, avec l’afflux en masse d’étrangers, on entreprend de construire un nouveau « Petit camp », entouré de barbelés. Rapidement, les conditions sanitaires y deviennent épouvantables. A l’intérieur du petit camp, la « Roseraie » est un enclos entouré de barbelés où l’on laisse mourir les prisonniers que l’on y enferme. Celui qui entre dans le « Petit Camp » est pratiquement condamné à mort.

Le 24 août 1944 un raid massif de l’aviation allié bombarde Buchenwald. Les entreprises Mibau, Gustloff, D.A.W sont détruites. Les casernes SS et divers bâtiments administratifs sont touchés. Il y a plusieurs centaines de morts parmi les détenus. Des SS et des membres de leurs familles sont également tués.

Buchenwald : le baukommando Buchenwald : le baukommando

2.3. La fin du camp

A la fin de 1944, du fait de sa situation géographique, Buchenwald, qui est le camp le plus important de ceux qui existent encore, reçoit des milliers de déportés d'Auschwitz et de Gross Rosen, au point de contenir plus de 80.000 détenus. Les wagons arrivés à la gare de Buchenwald sont pleins de cadavres dont les noms demeurent inconnus…

L'évacuation du camp lui-même débute le 3 avril 1945, avec un transport de 1 500 détenus vers Theresienstadt. A cette date, la population totale du camp et de ses 70 Kommandos est de 81.457 détenus, y compris les Kommandos de femmes dépendant du camp de Ravensbrück. A l'appel du 5 avril au soir, il y aurait eu dans le camp principal (petit camp et grand camp) 47.700 détenus de 30 nationalités, plus 37.457 autres détenus dans les Kommandos. Le 11 avril, après les évacuations, la population du camp est de 21.000 détenus.

Pour les détenus, l’évacuation signifie le mort. Aussi la résistance s’organise :

  • le 4 avril le commandant Pister veut rassembler tous les 6.000 juifs pour les déporter. La résistance interne au camp détruit les fichiers des juifs et ceux-ci sont cachés. Il faut deux jours aux Allemands pour réunir 1.500 des 6.000 juifs du camp et les mettre en route.
  • Le 5, la Kommandantur convoque 46 détenus, dont plusieurs appartenant à la résistance du camp. Ils sont cachés. Tous échappent ainsi à la mort.
  • Le 7 avril, 6.000 détenus sont évacués.
  • le 9 avril, 9.600 détenus sont évacués. On retrouve près de Dachau, un train abandonné venant de Buchenwald : les wagons ne contiennent plus que des cadavres.
  • le 10 avril, 9.280 détenus sont évacués : Il s'agit surtout de Polonais, de Tchèques et de prisonniers de guerre soviétiques du Petit Camp. Peu avant Weimar, ces prisonniers soviétiques attaquent leur escorte au prix de lourdes pertes et récupèrent l’armement. Ils se mettront à la disposition des Américains.

Peu à peu les kommandos extérieurs sont eux aussi évacués. Ce sont de véritables marches de la mort. Ainsi les 380 français de Neu Strassfurt, évacués le 11 avril 1945 errent le long de l'Elbe vers la Tchécoslovaquie. Ils sont délivrés par les Soviétiques le 8 mai. 117 d'entre eux seront abattus pendant la marche.

Buchenwald : prisonniers juifs hollandais lors de l’appel quotidien Buchenwald : prisonniers juifs hollandais lors de l'appel quotidien

Le 11 avril, à 7 heures, l'alerte aérienne est donnée et elle ne cesse plus. Chasseurs et bombardiers américains survolent sans cesse le camp à basse altitude. À 11 heures retentit la sirène du camp. Par haut-parleur, les SS reçoivent l'ordre de partir immédiatement. Des tirs nourris de fusils et de mitrailleuses éclatent, tandis qu'on entend dans le lointain le grondement sourd et presque continu de l'artillerie. L'Oberführer H. Pister, chef du KZ, remet le commandement du camp au Lagerälteste Hans Heiden. Les Allemands s'enfuient précipitamment, dans l'affolement. Vers 14h 30, les résistants clandestins s'emparent des locaux administratifs. Ils téléphonent à tous les responsables du grand camp : c'est le silence. Tous ont fui. Vers 15h 15, un drapeau blanc flotte sur le mirador 1. Vers 16 heures, les premiers Américains de l’armée Patton pénètrent dans le camp, follement acclamés.

Buchenwald : baraque lors de la libération du camp Buchenwald : baraque lors de la libération du camp

L'évacuation totale est évitée : le 11 avril, il y a encore 21.000 déportés à Buchenwald, tous du Grand Camp, lorsque le SS évacuent le camp dans la matinée. A 16h, les Américains libèrent 4.300 Soviétiques, 3.800 Polonais, 2.900 Français, 2.105 Tchèques, 1.800 Allemands, 550 Autrichiens, 1.467 Espagnols, 1.204 Hongrois, 622 Belges, 570 Yougoslaves...

Buchenwald : cadavres lors de la libération du camp. Avril 1945 Buchenwald : cadavres lors de la libération du camp. Avril 1945

Le 19 avril 1945, les rescapés de toutes les nationalités prêtent un serment solennel : « De cet Appellplatz, en ce lieu de crimes fascistes, nous jurons devant le monde entier : nous n'abandonnerons la lutte que lorsque le dernier des coupables sera traduit devant le tribunal des peuples. L'écrasement définitif du nazisme est notre tâche. Notre idéal est la construction d'un monde nouveau dans la paix et la liberté. Nous le devons à nos camarades tués et à leurs familles. Nous le jurons. »

3.1. Introduction

Le camp de Buchenwald s’étend sur plus de 600 hectares. Il comprend 5 zones:

  • Zone du camp:place d'appel, 60 blocks en dur ou en bois, crématoire, quelques ateliers, cuisines, douches... Large porte d'entrée avec l’inscription "Jedem das Seine" (A chacun son dû). Cette zone comporte le « Grand Camp » et le « Petit Camp ». Elle est clôturée par des kilomètres fils de fer barbelés électriques à 350 volts ;
  • Zone de la Kommandantur ;
  • Zone des officiers et gardiens SS : il y aura jusqu’à 300 SS ;
  • Zone de l'usine d'armement DAW (« Deutsche Ausrüstungswerke ») ;
  • Zone de l'usine d'armement Gustloff.
Buchenwald : le plan du camp Buchenwald : le plan du camp

3.2. La zone des SS

Dans la zone SS qui comprend la zone de la Kommandantur et celle des officiers et gardiens SS (environ 300), sont construits les bâtiments administratifs, les villas des officiers et les casernements des gardiens, caractéristiques par leur disposition en demi-cercle, la villas du commandant. S’y ajoutent les installations de loisirs (jardin zoologique, serres, parcs, manèges), les potagers, la ferme modèle, les élevages (volailles et porcs)…

Karl Koch : de Buchenwald à Majdaneck, sa route est pavée de milliers de cadavres Karl Koch : de Buchenwald à Majdaneck, sa route est pavée de milliers de cadavres

Cela est plutôt propret et accueillant… On y trouve même un hôpital, un cinéma et le « Sonderbau », la « maison de tolérance » (Bordel). En effet, le Reichsführer publiera à l’été 1943 un décret instituant des maisons de tolérance dans les camps de concentration. Pour les SS, le but de cette entreprise est de corrompre les détenus politiques dont l’influence devenait prépondérante dans le camp, de les espionner et de les détourner de la politique. La consigne de ne pas s’y rendre fut donnée. Dans l’ensemble, les détenus politiques s’y sont pliés. En fait, le bordel est utilisé principalement par les Kapos, les droits communs et autres « Prominents », ainsi que par certains officiers SS (malgré l’interdiction de s’y rendre). C’est là qu’atterrit la princesse Mafalda, avant de mourir, victime des blessures provoquées par le bombardement d’août 1944.

Buchenwald : vue aérienne Buchenwald : vue aérienne

3.3. Le Bunker

Le Bunker est la prison du camp, composé d’une série de petites cellules de béton, avec couchette en ciment et lucarne. S’y ajoute jusqu’en avril 1939 un cachot totalement noir et sans chauffage dans une aile du Block 3.

C’est l’univers sur lequel règne des années durant l’Oberscharführer (lieutenant) SS Sommer, qui met à son ordinaire tortures, pendaisons et assassinats lentement et soigneusement mis en scène.

Malades mentaux juifs détenus à Buchenwald : des proies pour l’opération 14f13 Malades mentaux juifs détenus à Buchenwald : des proies pour l'opération 14f13

3.4. La baraque E

Face aux casernement SS, au milieu du « Fichtenhain », le bois de sapins, la baraque E, entourée d’une palissade de trois mètres de haut et gardée par douze SS abrite une cinquantaine de détenus « de marque », parmi lesquels les Français Edouard Daladier, le général Gamelin, Paul Reynaud, Georges Mandel, Léon Blum, la princesse italienne Mafalda, l’ancien président du parti social-démocrate allemand Rudolf Breitscheid et sa femme, des femmes d’anciens chefs syndicaux allemands et leurs enfants et d’autres, dont la famille du Colonel Comte Claus von Stauffenberg l’auteur de l’attentat manqué du 20 juillet 1944 contre , et déjà exécuté.

Buchenwald : le général Eisenhower « visite » le camp. Ici, devant une potence Buchenwald : le général Eisenhower « visite » le camp. Ici, devant une potence

3.5. Le Revier

L’hôpital du camp se trouve dans la partie boisée du camp et les « Häftlinge » y accèdent par un chemin boueux et difficile. Quant ils sont nommés médecins du Revier en 1939, Wagner et Hoven n’ont pas leur doctorat. Les soins sont dispensés à cette époque par des « verts » qui n’ont strictement aucune compétence en matière de médecine. A partir de 1939, progressivement, quelques vrais médecins, d’abord allemands, vont s’imposer. En 1945, sur une équipe de 280 infirmiers, il y aura 70 médecins travaillant sous contrôle SS, qui font des miracles compte tenu des conditions sanitaires, des équipements et des médicaments dont ils disposent.

Buchenwald : bagues prises aux déportés par les SS Buchenwald : bagues prises aux déportés par les SS

Pour la plupart du temps réduits à l’aspirine, à des pansements en papier et au surpeuplement, ils font ce qu’ils peuvent devant l’immense surpeuplement du Revier, surtout à partir de 1944 : les malades sont parqués à deux par lit, soit 30cm de large par malade. La mortalité est épouvantable, sans compter les « Aktionen » des SS qui utilisent les salles 6 et 7 pour exécuter des malades par moyens médicaux. Ainsi ces salles d’une dizaine de lits sont « vidées » trois ou quatre fois par semaine.

3.6. Les Blocks laboratoires

Isolé à l’intérieur du camp, le Block 50 est en réalité un laboratoire bien équipé où les services de santé de la Waffen-SS dirigés par le général Mugrowski procèdent à des recherches sur le typhus exanthématique. Une soixantaine de médecins détenus y travaillent, totalement nus et épilés, sous la direction d’une nullité scientifique le « doktor » SS Sturmbannführer Ding-Schuler…

Buchenwald : le block 50 « Institut d’hygiène »… on y expérimentait à tour de bras Buchenwald : le block 50 « Institut d'hygiène »… on y expérimentait à tour de bras

Au Block 46, le « doktor » SS-Sturmbannführer Ellenbeck gave pendant un mois 30 détenus de rations pantagruéliques de 2 à 3 000 calories par jour pour passer ensuite à un régime de 600 calories et les voir mourir tous… La série des expériences se poursuit avec des « recherches » sur des victimes de brûlures au phosphore, sur l’effet de certaines hormones sexuelles, l’injection d’hormones synthétiques aux homosexuels, sur l’avitaminose, la fièvre jaune, la variole, la typhoïde, le choléra, la diphtérie… On y essaie aussi des médicaments que l’IG Farben veut tester… On tente des essais sur des prisonniers soviétiques avec le choléra et le typhus. Ceux qui survivent sont « expédiés » au crématoire, exécutés puis autopsiés… Ces expériences sont supervisées par l’Académie médico-militaire de la Wehrmacht à Berlin.

Buchenwald : la table de dissection Buchenwald : la table de dissection

Au Block 61, « infirmerie annexe » le SS Hauptscharführer Wilhelm se charge de sélectionner les malades les plus atteints et de les tuer d’une piqûre de phénol ou de benzène dans le coeur. De nuit, pour que les détenus ne le sachent pas… Certaines nuits, le nombre de cadavres dépasse les 200…

Buchenwald : le block 46 des expériences médicales Buchenwald : le block 46 des expériences médicales

On y pratique même la réduction de têtes… et les prélèvements de peaux humaines tatouées pour assouvir les désirs morbides de Koch et de son épouse, Ilse, la « Chienne de Buchenwald »…

Tête de détenu réduite… pour le plaisir sadique de quelque cadre de la SS Tête de détenu réduite… pour le plaisir sadique de quelque cadre de la SS

3.7. Le cinéma

Un cinéma est installé dans le camp en 1941 car les SS y voient une source d’enrichissement. Un tarif de 35 pfennigs par entrée, prélevé sur les détenus surtout allemands recevant de l’argent, leur permet de réaliser, en six mois, un bénéfice important que se répartissent les officiers. Le cinéma ne passe que de vieux films allemands, et sont seul public sont les détenus de langue allemande

Mais la salle est surtout utilisée comme lieu de torture par les SS. Elle se prête particulièrement bien à l’installation du chevalet ou des poteaux où sont suspendus les détenus, car elle est semi - obscure. On y trouve également une potence…

3.8. Le crématoire

Jusqu’en 1940, les morts du camp sont incinérés dans les fours crématoires de Weimar et de Iéna. A l’hiver 1940-1941, pour des raisons de commodité, le commandant décide de se procurer un crématoire ambulant puis d’une installation permanente qui est achevée courant 1941. Le crématoire est par la suite agrandi en 1942 avec des fours plus puissants.

Mais le crématoire est aussi un lieu d’exécutions. Les détenus sont étranglés, abattus ou pendus. Ainsi, 48 crochets sont plantés dans les murs d’une section du crématorium : il n’y avait que quelques mètres à parcourir pour transporter les victimes jusqu’aux fours...

Buchenwald : le krematorium Buchenwald : le krematorium

On ne connaît pas le chiffre exact des victimes par exécution parmi lesquelles figurent des prisonniers de guerre russes, des Allemands, des Polonais, des parachutistes anglais ou français, des travailleurs de l’Est, des commerçants juifs, des antifascistes italiens et d’autres détenus du camp. On sait par exemple, grâce au secrétariat des détenus du camp, qu’entre le 28 mars 1944 et le 30 janvier1945, 1.100 personnes ont été pendues dans le crématorium de Buchenwald… Sans compter les dizaines d’exécution qui suivent l’attentat du 20 juillet 1944 contre le Führer… Jusqu’au dernier jour les SS pendront dans la cave du crématoire de Buchenwald et dans les cellules du Bunker…

Buchenwald : le krematorium et le camp de quarantaine Buchenwald : le krematorium et le camp de quarantaine

4.1. Les SS

Buchenwald est sans doute l’exemple le plus achevé du système concentrationnaire nazi. L'organisation administrative du camp est l’affaire de la vaste et complexe machinerie SS. Et d’abord celle du Commandant du camp : Le SS-Oberführer Hermann Pister succède à Karl Koch en 1942 et reste à son poste jusqu’à la fin. Il est secondé par trois « Schutzhftlagerführer » qui assurent la discipline, l'ordre et le fonctionnement. Ils ont eux-mêmes sous leurs ordres des « Rapportführer » et des « Blockführer ». Un « Arbeitseinsatzführer » supervise le travail aidé par un « Arbeitsdienstführer » dont dépend l'« Arbeitsstatistik », point névralgique, car c'est là que sont établies les listes d'envoi en Kommando, forme de droit de vie ou de mort.

Ilse Koch, la « Chienne de Buchenwald » Ilse Koch, la « Chienne de Buchenwald »

Un « Leiter der Politischer Abteilung » (Kriminalobersekretär) assure la surveillance et les enquêtes. Un « Verwaltugsführer » s'occupe de l'administration et de l'intendance. De lui dépendent l'approvisionnement et les dépôts (Effektenkammer) et les cuisines (Küche). Enfin, la santé et l'hygiène (dont la désinfection) sont l'affaire d'un « Lagerartz » (médecin chef) qui, en principe, ne dépend pas du commandement, et d'un responsable du Revier (hôpital).

Cet encadrement SS en service ne vit pas à l’intérieur du camp. Les SS le contrôlent « de haut » et n'entrent dans l'enceinte des détenus que pour les appels (matin et soir), pour les contrôles et pour y rétablir l'ordre si nécessaire. Les responsabilités internes au camp sont confiées par les SS à des détenus « triés sur le volet » qui, eux, vivent dans le camp avec les détenus qu’ils ont charge, sur leur propre vie, de surveiller et de faire travailler… 

Cette organisation explique la constitution vicieuse d'une direction des détenus par d'autres détenus. Cela génère inévitablement des tensions, des heurts, des brimades, des meurtres entre détenus, dans le cadre d'une autodiscipline de terreur.

4.2. Les Kapos

A Buchenwald, le commandant lui-même désigne parmi les détenus les « Doyens » ou « Lagerälteste », responsables du camp. La fonction de Lagerältester n'a été exercée que par 4 détenus, tous allemands, de juillet 1937 à avril 1945 :

  • Hubert Richter, un droit commun « triangle vert », tué par les SS dans d'atroces souffrances, de 1937 à 1939 ;
  • Paul Henning, un prisonnier de droit commun « triangle vert », transféré ensuite à Mauthausen, de 1939 à 1942 ;
  • Paul Mohr, un prisonnier politique« triangle rouge », de 1942 à 1944 ;
  • Hans Heiden, un prisonnier politique « triangle rouge », de 1944 à la libération.

Cela est indicatif de la lutte intense que se sont livrée les détenus entre eux pour prendre le pouvoir dans le camp. Le fait que ce pouvoir passe des « Verts » (Droits communs) aux « Rouges » (politiques) a une importance capitale dans le vie du camp : à partir de 1942, les « politiques » peuvent peu à peu organiser la résistance, adoucir dans une petite mesure la vie du camp et jouer un rôle important lors de la libération du camp… Mais aussi privilégier ceux qui « appartiennent » à leur courant politique au détriment de leurs adversaires…

Les autres fonctions internes au camp sont celles du « Kontrolleur », du « Blockälstester » (chef de block), du « Pfleger » (au Revier), du « Blockschreiber » (secrétaire des chefs de block), du « Stubendienst » (responsable d'une chambrée) et du « Dolmetscher » (interprète).

Buchenwald : au centre du camp, le « Chène de Goethe » Buchenwald : au centre du camp, le « Chène de Goethe »

Sur les lieux de travail, le « Kapo » dirige un groupe de travailleurs ; le « Vorarbeiter » est l'adjoint des Kapos et le « Kalfaktor » est l'homme à tout faire d'un « Blockälstester » ou d'un Kapo. Autres personnages nantis d'une fonction, le « Lagerschützer » et le « Lagerschutz » sont les « policiers » du camp ; le « Torhüter » est le gardien des portes. Tous ces détenus forment l’encadrement du camp et sont la classe privilégiée à l’intérieur des barbelés. Ils ont un véritable pourvoir de vie et de mort sur les autres détenus…

4.3. Le Grand Camp

Le « Grand Camp » rassemble « l'élite » des détenus : Ce sont des Allemands arrivés avant la guerre (communistes, socialistes, syndicalistes), des personnalités du monde politique, universitaire, culturel, scientifique, de toutes nationalités, des grands industriels (Marcel Bloch-Dassault, Marcel Michelin), des responsables de haut niveau de la Résistance dans leurs pays d'origine, et enfin des détenus de toutes origines, ces derniers formant la masse des détenus du Grand camp.

Buchenwald : l’appel Buchenwald : l'appel

Dans cette population sont recrutés les « Proéminents », pratiquement tous « triangles rouges » en 1945. Ceux-ci dirigent de fait, et confidentiellement le camp, en occupant les fonctions vitales à l'Arbeitsstatistik, au « Büro » du chef de camp, ainsi qu'au secrétariat du Revier et du médecin-chef. Ces « Proéminents » n’ont rien à voir avec les Kapos et leurs auxiliaires, presque tous « triangles verts » qui sont, eux, totalement compromis avec les SS et ont de nombreux morts sur la conscience.

À l'origine, ce sont des déportés politiques allemands, essentiellement communistes, qui mettent au point l'embryon d'une organisation militaire de résistance. Les autres déportés y sont progressivement associés. Au début la motivation reste vague, mais forte : il s'agit de ne pas mourir à genoux, de faire face et éventuellement de « vendre sa peau » le plus chèrement possible. Dans un premier temps, il faut progressivement éliminer les détenus au triangle vert, les « droit commun ». Après la défaite allemande à Stalingrad, l'espoir naît, en même temps qu'une stratégie plus offensive visant à libérer le KZ par la force, ne serait-ce que pour prendre de vitesse une extermination générale des détenus programmée avant l'arrivée des armées alliées. Naturellement, beaucoup de temps et d'efforts sont nécessaires pour édifier cette organisation militaire.

Buchenwald : le « Carachoweg »… route menant de la gare de Weimar au camp ; les prisonniers arrivant au camp y sont battus par les SS Buchenwald : le « Carachoweg »… route menant de la gare de Weimar au camp ; les prisonniers arrivant au camp y sont battus par les SS

Un rapport rédigé un mois avant la libération fait état de 850 détenus enrôlés dans l'organisation militaire, les Soviétiques étant les plus nombreux, suivis par les Allemands, les Français, les Tchécoslovaques, les Autrichiens, les Hollandais, les Yougoslaves et certains groupes nationaux moins importants. Ces résistants se fixent deux tâches : pratiquer le sabotage et se procurer des armes. L’organisation politique clandestine se montre efficace pour contrer les menaces des autorités du camp contre un détenu (en le dissimulant dans un Block ou au Revier) ou contre un groupe (surtout les juifs). Elle s'efforce de mettre en oeuvre la plus grande solidarité possible afin de permettre la survie du plus grand nombre. Elle protège en particulier des déportés éminents du monde scientifique, politique, économique, littéraire et artistique... C'est aussi elle qui décide et organise la mise à mort des tortionnaires les plus dangereux parmi les kapos et l'encadrement.

Buchenwald : le « Steinkommando », ou « Kommando des pierres », particulièrement meurtrier Buchenwald : le « Steinkommando », ou « Kommando des pierres », particulièrement meurtrier

Dans le Grand Camp, le plus « sûr » des camps de Buchenwald, voisinent donc des détenus de tous bords, de toutes tendances, de toutes nationalités : intellectuels, politiques, criminels, droits commun… C’est dire si Buchenwald est une « cité chaotique », une sorte de capitale pas entièrement construite, tenant du campement par ses quartiers hâtivement et sommairement plantés et son grouillement de vie. Elle est une grande ville par son prolétariat qui travaille dans les kommandos (la Gustloff, la Mittelbau, la D.A.W., la carrière, les jardins, le bûcheronnage), mais aussi par la masse des fonctionnaires, par ses rentiers et sa pègre. Les « rentiers », au début de 1944 Buchenwald occupent deux blocs dits « des invalides », gens officiellement reconnus comme non travailleurs, en raison de l'âge ou d'incapacités physiques notoires… La « pègre » est constituée de ceux qui, d'une façon ou d'une autre (le plus souvent illégalement), échappent au travail et au contrôle policier. Le nombre en est relativement grand. La plupart obtiennent (en cultivant une haute température, en entretenant des blessures bien placées, ou par des combines) des papiers du Revier les exemptant de travail et parfois de corvées pour deux jours, une semaine, une quinzaine au plus, mais renouvelables. Mais la pègre c’est aussi une phalange d'aventuriers, sans aucune justification, que la police pourchasse avec obstination, qui risquent le fouet, le cachot ou la « Strafkompanie ». Tout ce peuple hante les baraques au cours de la journée, se cache sous les lits du dernier étage, rôde autour des rapines possibles, se rassemble au Block des latrines, qui est tout à la fois une bourse de valeurs et de marchandises (pain, tabac, souliers de cuir, vêtements, couteaux, gants, marks) et un coupe-gorge.

A Buchenwald, dans le Grand Camp, on porte la tenue rayée ainsi qu'une coupe de cheveux d'une originalité dégradante. Un orchestre joue chaque jour au départ et à l'arrivée des déportés.

4.4. Le Petit Camp en 39-40

En octobre 1939, une petite partie du camp se voit encerclée d'une double rangée de barbelés : on l'appelle déjà « le petit camp » et il se compose de quatre grande tentes dans lesquelles s'entassent 1.700 prisonniers essentiellement polonais et autrichiens. Au milieu est installée la « Roseraie », une cage en barbelés qui sert à enfermer les francs tireurs polonais. La vie y est effroyablement dure. Le camp est démuni de tout : paillasses, poêles, couvertures en petit nombre… Dans la seconde moitié d’octobre éclate une terrible épidémie de dysenterie : la direction isole le camp provisoire, interrompt le travail et met le « Petit Camp » en quarantaine ; mais les brimades continuent. Le capitaine SS Hütting fait installer le « block du fouet », et s'amuse à venir, accompagné d'officiers SS avec environ 25 fouets, pour choisir au hasard des victimes. Au cours du seul mois de novembre 1939, le petit camp connaît 12 jours de jeûne absolu. Dans la nuit du 8 au 9 décembre, pour cause de désinfection, les prisonniers dorment sans couvertures par une température dépassent les -15 degrés… Au matin, 67 morts sont rangés sur la place d’appel, dans la neige.

Buchenwald : l’appel Buchenwald : l'appel

En janvier 1940, suite à l’évacuation provisoire du camp de Dachau, ordre est donné par la hiérarchie d'en finir avec ce petit camp, soit 3 mois après son installation. Sur les 1.700 hommes arrivés en octobre 1939, 1.100 ont péri, et les 600 survivants sont transférés dans le camp général. Ils pèsent entre 35 et 40 kilos, sont envoyés travailler dans la carrière de pierre, et il n'en reste bientôt plus que 40.

4.5. Le Petit Camp en 42-45

En 1942, un autre petit camp est aménagé, au moment où commence l'internement massif de déportés étrangers. On construit un camp de quarantaine dans d’anciennes écuries de la Wehrmacht, ainsi qu’un bâtiment de désinfection. Ce petit camp compte dix sept baraques, séparé du reste par une clôture. Les hommes s'entassent à six ou huit sur une couchette, l'aération et la lumière font cruellement défaut, il n'y a pas d'écoulement des eaux, les latrines sont dehors, et l'on compte 1.500 à 2.000 hommes par baraque.

Le « petit camp » sert de lieu de quarantaine, période d'isolement théorique de quarante jours destinée à éviter la propagation de maladies et d'éventuelles épidémies, à tous les déportés qui arrivent. Les nouveaux déportés s'entassent par milliers auprès des plus malades dans des conditions d'insalubrité inimaginables. On compte environ 200 morts par jour, la faim rabaisse les déportés au rang de bêtes. D'affreuses batailles se déroulent, allant parfois jusqu'à la mort, pour une miette ou une épluchure.

Buchenwald : mémorial Buchenwald : mémorial

A l’issue de la quarantaine, les déportés les plus aptes sont transférés dans le Grand Camp, ce qui leur sauve presque la vie, les autres sont maintenus dans le Petit camp, si bien que ce dernier devient rapidement l’enfer regroupant progressivement toutes sortes d’infirmes et d’invalides inaptes au travail, qui sont pratiquement condamnés à une épouvantable fin. Le Petit Camp rassemble « la plèbe », celle des « Musulmans » : ceux qui arrivent sans relations, sans références, sans le soutien d'un camarade du Grand Camp, sans avenir, donc main d'œuvre prioritaire pour tout Kommando meurtrier.

Les fours crématoires de Buchenwald Les fours crématoires de Buchenwald

Les SS utilisent cette différenciation de l'élite et de la plèbe. Ainsi ils puisent dans le Petit Camp par priorité, en vue de renforcer des Kommandos extérieurs, ou lorsque le taux de mortalité parmi les détenus met en danger la charge de travail exigée de ces Kommandos. Quand le mouvement se fait dans l'autre sens, des Kommandos vers le camp central, c’est le Petit Camp qui sert de zone « d'accueil » pour tous les Kommandos venant de l'extérieur, les groupes de détenus venant des prisons d'arrêt allemandes et des lieux spéciaux de détention des SS.

Buchenwald : rescapé. 18 avril 1945 Buchenwald : rescapé. 18 avril 1945

La situation du Petit Camp devient encore plus tragique lorsqu’à partir de janvier 1945 arrivent, après d’harassantes « Marches de la mort », les « Häftlinge » évacués des camps d’Auschwitz I, Birkenau, Monowitz et des autres camps de l’Est… Les baraques, déjà surpeuplées avec leur effectif « normal » de 300 à 400 détenus en accueillent jusqu’à 1 200 et le camp des tentes installé par la SS en août 44 déborde de prisonniers… La famine sévit et les épidémies apparaissent, menaçant l’existence du camp : le médecin chef du Revier, le Dr. SS Schiedlausky ordonne aux chefs de Blocks du petit camp de « sélectionner » eux-mêmes les plus malades et de les tuer. En vain. Les SS décident alors de construire une chambre à gaz. Elle ne sera jamais achevée. Au cours des 100 premiers jours de 1945, 13 400 détenus meurent… Un « Revier » est enfin ouvert au Petit Camp, sous la direction de médecins détenus, qui feront ce qu’ils pourront avec des moyens quasi inexistants…

4.6. Les Kommandos internes

La vie dans le camp s’organise autour du travail dans les usines et les divers kommandos : il y a les Kommandos traditionnels d’intendance, certains relativement faciles (cuisine, jardin, blanchisserie, cordonnerie, couture, ébénisterie, serrurerie, charpentiers, porcherie …), d’autres beaucoup plus durs comme le « Steinkommado » ou « Kommando de la Carrière » sise à 1,5 km du camp, qui fournit le matériau du camp, ou le pire de tous, le « Scheisskomando », baptisé par les SS « Kolonne 47 11 », nom d’une marque d’eau de Cologne, chargé de récurer les fosses d’aisance et de récupérer les déjections des déportés stagnant dans un marais fétide. Ce Kommando est réservé aux Juifs et aux punis.

Buchenwald : le « Steinkommando », ou « Kommando des pierres », particulièrement meurtrier. Il est notamment chargé de construire la fameuse « Route du Sang » Buchenwald : le « Steinkommando », ou « Kommando des pierres », particulièrement meurtrier. Il est notamment chargé de construire la fameuse « Route du Sang »

En 1942 est créé un nouveau Kommando, le « Lagerschutz » ou garde intérieure. Il est proposé aux SS par les « rouges » pour soi-disant soulager les SS en organisant un service d’ordre des détenus. En fait, il va servir à aider les détenus. Sa mission est de maintenir l’ordre et la discipline dans le camp pour éviter l’intervention des SS, de surveiller les magasins de vivres, les chambres et tous les lieux collectifs auxquels ont accès les détenus. Dans les derniers jours du camp, il va surtout servir à maintenir une discipline rigoureuse afin d’éviter les exactions des SS, mais aussi à cacher des prisonniers ou des Juifs, cibles prioritaires des nazis.

Buchenwald : kommando construisant une voie ferrée Buchenwald : kommando construisant une voie ferrée

Il y a enfin et surtout les kommandos qui travaillent dans les trois grandes entreprises installées à coté du camp :

  • La DAW (Deutsche Ausrüstungswerke Gmbh), principale entreprise SS qui emploie jusqu'à 1.400 déportés début août 1944 à la production d’armes légères ; La D.A.W. est installée à Buchenwald dès 1940.
  • La Gustloff-Werke II, plus importante, entre en service début 1944. Elle emploie 3.000 détenus qui se relaient et y travaillent jour et nuit. L’usine est prévue pour produire environ 55.000 fusils par an. La construction des halls commence le 13 juillet 1942 et coûtera la vie à des milliers de détenus particulièrement dans les kommandos de terrassement.
  • La Mibau (ou Mittelbau) qui emploie à la même époque 1.500 détenus. L’entreprise se spécialise notamment dans la fabrication de gyroscopes pour les fusées A4, les célèbres V2.

4.7. Les Kommandos externes

4.7.1. Généralités

Buchenwald possède aussi ses Kommandos extérieurs : il y en a entre 107 et 130, chiffre variable, car à partir d’août 1943, le camp de Dora et ses kommandos deviennent indépendants. Au 31 décembre 1940, deux grands kommandos extérieurs emploient 7.440 détenus. Au 31 mars 1945, ils sont au nombre de 107 et emploient 80.436 détenus. Parmi les plus durs, Ohrdruf, Ellrich, Dora, Langenstein…

Buchenwald : carte des sous camps de Buchenwald Buchenwald : carte des sous camps de Buchenwald

A côté de ces commandos très durs, les autres kommandos de Buchenwald sont principalement :

  • Oberndorf : usine de munitions (200 détenus) ;
  • Aschersleben, Dessau, Halberstadt, Leopoldshall, Niederorschel, Tarthun, Leipzig, Westeregelin : 8 kommandos employant près de 6.000 détenus pour la firme Junker…
  • Halberstadt et ses galeries souterraines construites par près de 5.000 détenus...
  • Neu Strassfurth et son Kommando « Reh » (Cerf) et ses 480 déportés français chargés à partir de septembre 1944 de creuser dans d'anciennes mines de sel des galeries destinées à recevoir des ateliers fabriquant des armes. 94 français mourront entre le 1 octobre 1944 et le 10 avril 1945.
  • Berlstedt : Briqueterie de la DEST appartenant à la SS, fabrication de pièces pour Messerschmitt, Opel, menuiserie…
  • Hadmersleben : une usine d’aviation ;
  • Wansleben : usine de fabrications métalliques;
  • Essen : kommando féminin au laminoir II des aciéries Krupp;
  • Bochum : kommando aux aciéries du Bochumer Verein ;
  • Leipzig : kommando aux usines AEG et Hasag (munitions), constructions aéronautiques et automobiles (BMW)...

4.7.2. Ohrdruf

Ohrdruf est le plus sinistre des kommandos extérieurs, avec ses 10.989 détenus chargés de creuser des galeries souterraines, où 1 détenu sur 3 va trouver la mort… Ohrdruf est un ensemble de tunnels comportant cinq sites dans un périmètre d’une dizaine de kilomètres. Les SS veulent y établir des centres de communications et de commandements ainsi qu’un des nombreux quartiers généraux du Führer. Au départ, le « Kommando S3 » d’Ohrdruf est un camp SS autonome, mais il est rapidement rattaché à Buchenwald pour des raisons d’organisation.

Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : vue aérienne Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : vue aérienne

Le travail dans les galeries y est épouvantable, réservé aux détenus les plus « à surveiller », comme par exemple les Juifs. Il n’ y a aucune hygiène et rapidement, typhus et dysenteries font d’énormes ravages. Les cadavres sont envoyés au crématoire de Buchenwald, dès sa mise en service. Toutes les huit semaines environ, ont lieu des « sélections » qui expédient les plus faibles vers le « mouroir » de Bergen Belsen. Début janvier 1945, ordonne au SS Hauptsurtmführer Olderburhuis, commandant d’Ohrdruf, de liquider les politiques et les droits communs jugés dangereux. Il y a 1.500 exécutions. Peu après les 9.000 survivants sont rapatriés à Buchenwald et parqués dans le Petit Camp. 1.500 périssent en chemin…

Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf

Eisenhower visite le camp d’Ordurf, libéré le 5 avril, et est épouvanté : « Ce que j'ai vu défie toute description... J'ai effectué cette visite délibérément afin d'être en mesure d'apporter un témoignage de première main, au cas où en viendrait un jour à prétendre que ces choses-là sont à mettre au compte de la propagande » (Lettre du 12 avril 45 au général Marshall).

Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : article et photo de la libération du camp. Quotidien allemand Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : article et photo de la libération du camp. Quotidien allemand Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower

4.7.3. Osterhagen

Le camp « disciplinaire » d’Osterhagen est érigé le 5 juillet 1944 dans une ancienne briqueterie. Environ 300 « Häftlinge » doivent construire le terrassement de la ligne de chemin de fer inachevée reliant Osterhagen à Nordhausen. De nombreux détenus von mourir sous un régime de terreur imposé par les SS et les Kapos : matraquages, famine, froid, maladie, épuisement…

Buchenwald : plan du camp commando de la IIIè Baubrigade d’Osterhagen Buchenwald : plan du camp commando de la IIIè Baubrigade d’Osterhagen

C’est là qu’atterrit le 25 décembre 1944 le pasteur français Aimé Bonifas, résistant, arrêté en 1943, emprisonné et torturé à Saint-Girons, Toulouse, interné dans le camp de Royallieu, avant d'être déporté à Buchenwald : « Osterhagen, le fameux Straflager, le camp disciplinaire de sinistre renommée. Ainsi, simplement parce qu’il faut combler les vides, parce qu’il faut que le monstre continue à dévorer, je suis envoyé au camp le plus infernal. (…) Ici, l’homme n’a plus qu’à vivre sa mort… J’ai assez l’habitude des visages de détenus, mais ici plus qu’ailleurs je suis frappé par leur faciès de bêtes traquées. Ils portent l’empreinte d’une souffrance démesurée. » (Pasteur Aimé Bonifas « Détenu 20801 dans les camps nazis » Paris, FNDIRP Graphein 1999).

4.7.4. Langenstein

En accord avec la SS Albert Speer décide de monter l’opération « Malachite » dans les Theckenberge, l’opération « Maquereau » dans les Klugsberge et l’opération « Alose » dans les Hoppelsberge, des collines entourant Langenstein, c’est à dire la construction de trois usines souterraines au profit des entreprises d’armement Krupp et Junker.

Buchenwald : plan du camp commando de Langenstein-Zwieberge Buchenwald : plan du camp commando de Langenstein-Zwieberge

Le camp de Langenstein-Zwieberge est implanté dans les montagnes du Hartz. Le premier transport part de Buchenwald pour Langenstein le 20 avril 1944 avec dix sept détenus dont aucun ne reviendra. Suivent des dizaines de milliers de détenus de Buchenwald, Sachsenhausen et Neuengamme. Dans des conditions épouvantables, ils doivent creuser 17.000 mètres de galeries et construire des halls de production souterrains couvrant une superficie de 60.000m2.

La mortalité est effrayante au cours de l’hiver 1944 -1945 mais les SS maintiennent l’effectif à 5.000 détenus (au lieu des 2.000 prévus) en amenant constamment de nouveaux renforts destinés à remplacer les morts. Ici, l’extermination par le travail prend tout son sens.

« On trouve des morts dans tous les coins : sur la place d’appel, dans les blocks, aux cabinets, dans le couloir du Revier. Partout les vivants doivent écarter les morts pour reprendre leur place. On ne lutte plus tant pour la vie que contre la mort, contre les morts, contre l’invasion du camp par la mort. Et cela, quotidiennement. » (Pasteur Aimé Bonifas).

En février 1945 encore, les SS envoient à Langenstein plusieurs convois de Juifs, survivants d’Auschwitz et de Gross-Rosen, mourir dans les galeries. Deux jours avant le libération du camp par les Américains, le 11 avril 1945, les SS organisent l’évacuation du camp en formant 6 colonnes de 500 détenus chacune : ces « marches de la mort » tuent, sur les 330 kilomètres de leur parcours, la plupart des détenus.

5.1. La population des détenus

Jusqu’en juin 1942, la majorité des détenus est allemande ou autrichienne. De sa création à mi 1938, l’effectif des détenus, entre 6 et 8 000, se compose surtout de détenus victimes de l’opération « Arbeitsscheu Reich », qui « ramasse » dans toute l’Allemagne les « parasites » : réfractaires au travail, asociaux, Juifs et Tsiganes. Arrivent ensuite à partir de l’Anschluss les premiers « étrangers », les opposants Autrichiens.

A partir de la mi 1942, la proportion des Allemands - Autrichiens diminue constamment : s’ils sont 34% fin août 1942, ils ne sont plus que 9% au 15 novembre 1944 et 7% à la fin de la guerre (2% seulement pour les détenues femmes). A partir de 1943, les plus nombreux après les Allemands sont les Soviétiques, suivis des Polonais et des Français.

Fin décembre 1943, le camp compte 37.319 détenus, venant de 30 pays différents. En 1944, sur les 88.321 détenus, il y a 24.000 Soviétiques, 18.000 Polonais, 13.000 Français, 11.000 Hongrois, 5.000 Tchèques et 3.000 Belges.

Soldats américains devant un bûcher dans le camp d’Ohrdruf Soldats américains devant un bûcher dans le camp d'Ohrdruf

Après Stalingrad, les besoins de l’économie de guerre se font pressants et le régime développe le travail forcé des détenus. Aussi la SS créé les Camps extérieurs : au printemps 1943, au printemps et à l’automne 1944 Buchenwald se dote de quelques 87 camps – kommandos extérieurs entre Rhin et Elbe : aussi le camp principal (Stammlager) de Buchenwald, qui compte en janvier 1943 90% de l’effectif du camp, n’en représente plus que 40% en mars 1944 ! Il devient alors de plus en plus une sorte de plaque tournante alimentant ses kommandos extérieurs, qui se trouvent souvent à plusieurs centaines de kilomètres du camp de base…

Dwight Eisenhower dans le camp d’Ohrdruf Dwight Eisenhower dans le camp d'Ohrdruf

Peu de femmes sont détenues dans le camp de base. Par contre, elles sont très nombreuses dans les Kommandos et camps extérieurs : Allendorf, Elsnig, Essen, Gelsenkirchen, Sömmerda, Torgau, Wolfen-Bitterfeld…

Nombre de détenus de Buchenwald (Stammlager et Kommandos) : 19/07/1937 149 01/01/1938 2.557 01/01/1939 11.028 01/01/1940 11.807 01/01/1941 7.440 01/01/1942 7.920 01/01/1943 9.517 01/01/1944 37.319 01/01/1945 63.048 01/03/1945 86.232 31/03/1945 77.390 01/04/1945 80.436 dont 48.000 environ au Stammlager)

Entre juillet 1937 et mars 1945, 233.880 détenus ont été enregistrés à Buchenwald, dont 56.545 sont morts (y compris ceux des kommandos extérieurs, mais sans compter ceux de Dora, ni les femmes).

5.2. Les PG Russes

Fin de l’été 1941, on commence, comme dans tous les grands KZ, à éliminer les prisonniers de guerre Russes. A Buchenwald, on créé le « Kommando 99 écurie » sur le terrain de tir de la DAW, derrière l’atelier de coupe des détenus, à côté du manège en dehors de la zone de barbelés. Au départ on utilise une toise trafiquée avec un percuteur pour exécuter le prisonnier en le « mesurant » : le percuteur, déclenché, lui casse la nuque. Le procédé, considéré comme trop lent, est vite remplacé par un autre système : on exécute dans une petite pièce transformée en salle de douche avec rigoles : par une meurtrière, les détenus sont abattus au revolver automatique, le bruit du coup étant étouffé par de la musique. On ouvre ensuite les douches pour évacuer le sang, et les cadavres sont conduits au crématoire. Certains jours, plus de 500 détenus sont ainsi exécutés. Lorsque les groupes sont trop nombreux, les SS font se déshabiller les prisonniers en plein air et les fauchent à la mitrailleuse. Sur le sang, de la sciure... les bourreaux disposent d’alcool à volonté. Tous seront décorés de la Croix du Mérite Militaire...

Buchenwald : le camp vient d’être libéré Buchenwald : le camp vient d’être libéré

A Buchenwald on élimine ainsi au moins 7.000 PG soviétiques (Probablement 9.500). Les Russes ne sont pas internés, mais subissent le « Traitement spécial » dès leur arrivée. Sur ordre du RSHA la section politique liquide avant tout les officiers, les commissaires politiques, les chefs de la jeunesse communiste, les personnalités du Parti communiste soviétique, les faisant venir de tous les Stalag du Reich (Dresde, Altenbourg, Mersebourg, Halle...) et en parfait accord avec la Wehrmacht. D’autres PG soviétiques arrivent directement sans passer par les Stalag. Dès juillet 1941, arrivent les premiers 3.000 PG, à l’état de squelettes, car ils ont traversé le Reich à pied. De mars à juillet 1942, il en arrive 6.000. Fin 1942, il en reste 1.200, le chiffre se stabilisant en 1943 autour de 800.

5.3. Les Juifs

Comme tout camp de concentration, Buchenwald réserve aux Juifs qui y sont envoyés le traitement « spécifique » prévu. Un premier convoi arrive le 15 juin 1938 : ils sont 500, de Berlin et Breslau. On les loge dans « la bergerie », sans tables, sans bancs, sans lits. Ils mangent en plein air et n’ont aucun soin. En août plus de 150 sont déjà morts. Le même mois arrivent 2.000 juifs autrichiens de Dachau.

Quelque part en forêt, ces prisonniers attendent leur exécution. Camp de Buchenwald Quelque part en forêt, ces prisonniers attendent leur exécution. Camp de Buchenwald

En novembre 1938, suite à la nuit de Cristal, ils sont 9.815 à être internés, vieillards et jeunes garçons. Ils font à pied le trajet Weimar-Buchenwald, les vivants étant forcés de traîner les cadavres de ceux qui se traînent et sont abattus. En moins de trois semaines, il y aura plus de 230 morts. Après quelques semaines, la plus grande partie des Juifs est soudainement libérée pour des raisons que seules connaissent le autorités du Reich.

Buchenwald : porte d’entrée : « Jedem das saine » : à chacun son dû Buchenwald : porte d’entrée : « Jedem das saine » : à chacun son dû

La situation change avec la guerre : en septembre 1939, 500 juifs arrivent du Protektorat ; en octobre, ce sont 200 Juifs du foyer de vieillards de Vienne et 2.000 juifs autrichiens et allemands d’origine polonaise. En février 1941 arrivent 389 juifs Hollandais, suite à la grève générale de protestation de la Hollande. En quelques jours 48 vont mourir. Les autres sont dirigés vers Mauthausen. Ils y vivront une tragédie dans la carrière. A partir de 1942 commencent les « transports » vers les camps d’extermination. Ils vont durer jusqu’en été 1943. En été 1944 arrive de Hongrie un contingent de « Juifs du travail » : en effet la SS ayant besoin de main d’œuvre, elle retire d’Auschwitz et d’autres camps les juifs aptes au travail pour les diriger vers ses « camps-usines » et les éliminer, mais par le travail. Ainsi arrivent jusqu’en octobre 1944 12.000 juifs et 1.800 Tziganes. Beaucoup sont affectés dans les kommandos extérieurs, les plus durs et les plus mortifères. Enfin en janvier 1945 arrivent 5.745 Juifs polonais, juifs du travail. Beaucoup auront la vie sauve grâce à la détermination des mouvements de résistance du Grand Camp.

Buchenwald : baraque lors de la libération du camp Buchenwald : baraque lors de la libération du camp

5.4. Les Français

C’est à Buchenwald que le plus grand nombre de Français a été déporté. Ils sont 26.000 à passer par le camp sur l’ensemble des 85.000 déportés de France entre 1940 et 1944. Les premiers arrivent de Sachsenhausen. Ils furent arrêtés lors des grandes grèves de mai et juin 1941 dans le nord de la France. Le plus grand nombre arrive à partir du 25 juin 1943 : 15 convois vont se suivre jusqu’au 3 octobre 1944.

Les premiers Français de ces convois sont affectés au camp de Dora, qui est encore à cette date un commando de Buchenwald. En juillet 1944, 2.000 Français arrivent de Compiègne. Les SS improvisent pour eux un « camp provisoire » de tentes sans lits, sans couvertures, sans écoulement d’eau, sans latrines… Heureusement que la direction interne du camp veille et rend les conditions d’existences plus supportables en y installant une conduite d’eau et des latrines et en procurant des couvertures.

Buchenwald : L’entrée du camp Buchenwald : L’entrée du camp

Assez mal perçus au départ en raison de la défaite et de la politique de collaboration du régime Pétain, les Français parviennent peu à peu, surtout à partir de fin 1943, à s’imposer en raison de leur nombre grandissant et de l’action des communistes qui arrivent à établir de bonnes relations avec leurs « camarades » allemands. Rien n’est cependant facile car il y a des courants, des obédiences, des chapelles, des attentistes, des opportunistes… Mais rapidement deux grands courants se dessinent : celui des gaullistes de diverses sensibilités avec Frédéric Manhès et celui des communistes sous l’autorité de Marcel Paul. Les deux mouvements vont finalement constituer le « Comité clandestin des intérêts Français ». Ce comité devra se battre pour se faire reconnaître et éviter les « dénonciateurs » infiltrés, mais saura insuffler à beaucoup de détenus ce qui les sauvera : l’espoir.

« Le sentiment d’abandon et de détresse guettait chacun à un moment ou à un autre. Y succomber, c’était la mort certaine. (…) A ceux qui désespéraient il fallait transmettre la confiance. A ceux qui s’abandonnaient, il fallait redonner courage. A ceux qui capitulaient, il fallait insuffler l’énergie. Ce fut l’esprit de la résistance (…) qui permit le miracle (…). Plusieurs activités clandestines participaient, à des titres divers, au maintien du moral. Parmi celles-ci, l’information »

(Pierre Durand : « Les Français à Buchenwald et à Dora »).

Buchenwald : le mémorial de l’Ettersberg Buchenwald : le mémorial de l’Ettersberg

5.5. Les prisonniers de marque

A Buchenwald ont été internés de nombreux « Prisonniers de marque », personnalités politiques, industriels, artistes… Ils sont internés dans la « baraque d’isolement » (baraque E), hors des camps de barbelés, cachée au milieu des bois, entourée d’une palissade et gardée par 12 SS.

A l’évacuation du camp cette baraque contenait 54 personnes : Rudolf Breitscheid, ex-chef du Parti social démocrate allemand et son épouse, la princesse Mafalda de Hesse, la Fondamentaliste Maria Ruhnau, l’industriel Fritz Thyssen, un des plus importants financier du Nazisme naissant, l’industriel Röchling, 6 membres de la famille von Stauffenberg, 5 ministres du « gouvernement de trois jours » hongrois, Mme Goerdeler et ses enfants. Le président Léon Blum y passa aussi quelques mois...

A côté, ses trouvait le « Fichtenhain » (bois de pin) où étaient internés environ 200 Roumains de l’ancienne garde de Fer. Après le bombardement meurtrier du 25 août 1944, les rescapés Roumains sont envoyés dans la maison de repos SS de Hohenlychen (Dont le directeur faisait des expériences de brûlures par gaz sur les détenues de Ravensbrück).

6.1. Commandants

  • SS Standartenführer Karl Koch : Exécuté par les SS après procès.
  • SS Standartenführer Hermann Pister : Mort en prison.
Karl Koch Karl Koch

6.2. Médecins

Exécuté par les alliés : SS Hauptsturmführer Dr Waldemar Hoven ; Suicidé : SS Hauptsturmführer Dr Erwin Ding – Schuler ; Prison à vie : Generalleutnant Siegfried Handlöser ; Dr Edwin Katzenellenbogen (peine commuée à 15 ans) ; Disparu : SS Hauptsturmführer Dr Heinrich Plaza; Echappé : SS Sturmbannführer Dr Carl - Peter Værnet. Buchenwald : le commandant Karl Koch et famille en 1936 Buchenwald : le commandant Karl Koch et famille en 1936

6.3. Gardes SS

SS Sturmbannführer Otto Förschner, SS Obersturmführer Georg Gössel, SS Obersturmführer Hermann Grossmann, SS Oberscharführer Hermann Helbig, SS Unterscharführer Josef Kestel, SS Unterscharführer Richard Köhler, SS Hauptsturmführer Hubart Krautwurst, SS Hauptsturmführer Walter Langleist, SS Obersturmführer Hans Mehrbach, SS Hauptsturmführer Hans - Theodor Schmidt, SS Untersturmführer Max Schobert, SS Untersturmführer Friedrich Wilhelm, SS Obersturmführer Emil Pleissner, SS Hauptsturmführer Michael Redwitz, SS Scharführer Herbert Floss, SS Standartenführer Hermann Florstedt (Exécuté par les SS)  ; Condamnés à mort, mais peine commuée en prison à vie : SS Sturmbannführer Otto Barnewald, SS Hauptsturmführer Hermann Hackmann, SS Unterscharführer Gustav Heigel, SS Scharführer Quido Reimer, SS Untersturmführer Helmut Roscher, SS Obersturmführer Albert Schwartz ; Condamné à la prison à vie : SS Obersturmführer Kurt Franz, SS Aufseherin Ilse Koch, SS Obersturmführer Walter Sommer, SS Obersturmführer Franz Zinecker ; Peine de prison : SS Scharführer Johann Herzog (12 ans), SS Unterscharführer Johhanes Jänisch (9 ans), SS Rottenführer Heinrich Emde (8 ans), SS Sturmscharführer Josef Tannebaum (5 ans), SS Obersturmführer Arnold Strippel (3 ans ½) ; Disparu : SS Hauptscharführer Gerhard Palitzsch, SS Oberscharführer Anton Bergmeier, SS Unterscharführer Wilhelm Schäfer ; Mort par accident : SS Scharführer Fritz Jirmann. Buchenwald : avril 1945 : les civils de Weimar obligés de défiler dans le camp Buchenwald : avril 1945 : les civils de Weimar obligés de défiler dans le camp

7.1. L’évacuation par Langbein

« L'évacuation signifiait la liquidation de la majeure partie des détenus, et ces derniers le savaient, car ils avaient devant les yeux le sort de ceux qui avaient été repliés d'Auschwitz à Buchenwald. Moins de la moitié étaient arrivés au camp. Les autres, épuisés par la longue marche à pied, avaient tout simplement été abattus q'un coup de feu dans la nuque au bord des routes... D'autres, enfermés pendant des semaines de trajet dans des wagons à bestiaux, assoiffés, affamés ou étouffés, n'étaient plus que des cadavres à l'arrivée. »

Langbein Hermann , « La résistance dans les camps de concentration nationaux – socialistes » Paris, Fayard 1980.

7.2. Sabotages par Langbein

« Les sabotages commencèrent dès la construction des bâtiments : les sacs de ciment furent gaspillés par milliers pour les fondations... Jamais les cages pour les ascenseurs et monte-charge hydrauliques, la grande fosse pour le montage des fusées, le stand de tir pour les essais derrière les usines ne furent étanches... En établissant les branchements sur les lignes de courant à haute tension, on incorpora une quantité de corps étrangers, et, grâce à ces sabotages, la production de Gustloff ne commença qu'avec plusieurs mois de retard... la fabrication des mousquetons de canons était fixée à 10.000 pièces par mois, les machines commandées et livrées devant suffire pour une production de 15.000. Or, au bout de dix-huit mois, elle n'atteignait que 8.000 au maximum... L'armée dût un jour renvoyer comme inutilisable toute la production de mousquetons livrée pendant neuf mois. »

Langbein Hermann , « La résistance dans les camps de concentration nationaux – socialistes » Paris, Fayard 1980.

7.3. Le Block 46 par Jean Rousset

« Pour bien fixer les responsabilités en ce qui concerne l'existence du Block 46 dans le camp de Buchenwald, précisons qu'il avait été réservé sur l'expérimentation sur l'homme dès le 2 janvier 1942 sur l'ordre de l'Académie médico-militaire de la Wehrmacht de Berlin. Le Block 50 (Hygien Institut der Waffen SS) avait été fondé en septembre 1943 par le Sturmbannführer Erwin Ding-Schuler. L'ensemble était placé sous la protection d' et dirigé par des SS qui allaient fréquemment rendre compte de leur activité à Berlin. Il ne s'agissait donc pas d'organismes nés du sadisme d'un simple commandant de camp ».

Docteur Jean Rousset, chez les Barbares, Lyon 1946.

Buchenwald : le camp de quarantaine et le bolck 46 Buchenwald : le camp de quarantaine et le bolck 46

7.4. Châtiments par E. Kogon

Déporté autrichien, résistant, catholique, emprisonné sept ans à Buchenwald, Eugen Kogon est l’auteur du rapport le plus complet sur le camp, qu'il rédige immédiatement après la libération de Buchenwald

« Au cours de l'hiver 1937, lorsque le camp tout entier passa 18 heures sur la place d'appel on appela, vers 9 heures du matin, les deux détenus politiques Oskar Fischer et Brehm, qui durent se rendre à la porte du camp. Le Commandant Koch, le chef de camp Rödl et quelques SS disparurent avec eux dans la forêt. Quelques minutes plus tard, on entendit des coups de feu. Vers midi, les deux évadés à cause desquels le camp tout entier était puni furent ramenés et fusillés. A titre d'exemple, on fit porter les cadavres devant tous les groupes de détenus, rangés par blocks sur la place d'appel.

Quelques semaines plus tard, le domestique du 2è chef de camp Weissenborn aperçut un crâne humain sur le bureau de son maître. D'après les incisives caractéristiques, légèrement en avant on pouvait facilement reconnaître qu'il s'agissait du crâne de Fischer..., trophée d'un chasseur de têtes SS ! On n'a jamais su pour quelles raisons Fischer et Brehm furent « liquidés » pendant la punition collective. »

Eugen Kogon. « L'Etat SS » Collection Points histoire.

7.5. Le Petit Camp par E. Kogon

Déporté autrichien, résistant, catholique, emprisonné sept ans à Buchenwald, Eugène Kogon est l’auteur du rapport le plus complet sur le camp, qu'il rédige immédiatement après la libération de Buchenwald

« Le pire fut en octobre 1944. Le nombre quotidien de morts, rien que dans le petit camp, s’éleva considérablement, parfois jusqu’à 150 ou 200 hommes. Certains jours, les cadavres gisaient en plein air, tout autour des baraques parce qu’ils avaient tout simplement été jetés dehors, pendant la nuit, par les vivants...

Autour de la maigre pitance quotidienne se déroulaient d’affreuses bagarres, qui allaient parfois jusqu’aux coups mortels, et que les chefs de chambrée parvenaient difficilement à apaiser; les gens affamés, qui venaient de connaître les transports dans des conditions épouvantables, arrachaient les fils électriques dès que les marmites de nourriture arrivaient, et ils se précipitaient vers elles, en tombant les uns sur les autres, de sorte que quelques uns mangeaient davantage, mais que la grande majorité n’avait plus rien du tout.

Au lieu d’aller aux latrines, ils utilisaient presque tous leurs assiettes ou leurs pots, soit parce qu’ils étaient trop faibles pour sortir du block, soit parce qu’ils redoutaient le temps qu’il faisait dehors, soit parce qu’ils craignaient d’être volés pendant leur absence, soit enfin parce qu’ils n’arrivaient pas à sortir des couchettes surpeuplées... »

Eugen Kogon. « L'Etat SS » Collection Points histoire.

7.6. Les juifs de Rath par E. Kogon

Déporté autrichien, résistant, catholique, emprisonné sept ans à Buchenwald, Eugène Kogon est l’auteur du rapport le plus complet sur le camp, qu'il rédige immédiatement après la libération de Buchenwald

« Ce qui se passa alors dans le camp, il faudrait des pages entières pour le décrire... dès la première nuit, 68 juifs sont devenus fous et Sommer les abattit, quatre par quatre, comme des chiens enragés. Dans les blocks 1a - 5a, devenus tristement célèbres et qui furent démolis par la suite, 2.000 Juifs étaient logés par block, alors que la contenance de ces baraquement des plus primitifs était de 400 hommes, 500 tout au plus. Les conditions sanitaires étaient inimaginables. Des billets de 100 marks étaient utilisés comme papier hygiénique...

Les sous-officiers SS enfonçaient la tête de certains d’entre eux dans les baquets remplis d’immondices, jusqu’à ce que les malheureux eussent péri étouffés. Lorsque, un jour, après avoir consommé de la chair de baleine refroidie, presque tous les occupants de la baraque 1a eurent la diarrhée, le camps de baraques, séparé par une clôture de barbelés du reste du camp, offrit un spectacle épouvantable. Près de latrines, il y avait des tas de chapeaux, vêtements et linge de corps qui, par suite de la diarrhée, étaient devenus inutilisables.»

Eugen Kogon. « L'Etat SS » Collection Points histoire.

7.7. La chienne de Buchenwald par Pfaffenberg

« Tous les prisonniers ayant des tatouages reçurent l'ordre de se présenter au dispensaire... Après qu'ils eurent été examinés ceux qui portaient des tatouages les plus intéressants et les plus artistiques furent tués par piqûres. Leurs corps furent ensuite envoyés au service pathologique, où les morceaux de peau tatouée furent remis à la femme de Koch qui fit fabriquer avec cette matière rare des abat-jour et autres objets d'ornementation. »

Andréas Pfaffenberg, déposition au sujet d’Ilse Koch, la « Chienne de Buchenwald » Procès de Nuremberg.

Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower Buchenwald, camp-commando d’Ohrdruf : photos de la libération. En bas, le général Eisenhower

7.8. Les homosexuels du block 36 par J. Bartl

« Nous travaillions dans la carrière de pierre dans des conditions impossibles, sous la menace perpétuelle des fusils des gardes SS, des hurlements et des coups des contremaîtres. Les accidents et les blessures mortelles étaient quotidiens, et il ne se passait pas un jour sans qu'un ou plusieurs détenus ne fût abattu. Presque chaque matin [...] le kapo recevait des SS une liste avec le numéro des détenus qui ne devaient pas rentrer. [...] »

« Un des sports favoris des contremaîtres était de matraquer les détenus alors qu'ils tractaient les wagonnets. En une demi-heure, nous devions les hisser sur cinq cents mètres puis les laisser redescendre tout en les retenant car leur poids leur faisait prendre une vitesse considérable. Quand un des chariots déraillait, le chariot suivant venait s'écraser contre les détenus, ce qui provoquait de graves blessures. Il arrivait souvent que l'on transportât à l'infirmerie un détenu dont la jambe avait été broyée. Une fois là-bas, il était définitivement perdu : un médecin SS lui faisait une injection mortelle. »

« H.D., employé de commerce, né en 1915, a été arrêté le 20 mars 1938 alors qu'il s'était rendu illégalement à Prague [...] On avait arrêté en même temps son ami intime à qui on avait extorqué des aveux. Il fut donc condamné à trois ans et demi de prison pour « attentat aux mœurs ». Après avoir purgé sa peine, on l'envoya en novembre 1941 au camp de concentration de Buchenwald. Ce qui l'impressionna en tout premier lieu à son arrivée furent les cadavres des détenus de la compagnie disciplinaire que l'on jetait comme des sacs de blé devant la porte. De plus, ce soir-là, un jeune homosexuel s'était pendu, et tout le monde continuait tranquillement de manger sans s'en soucier davantage [...] Le 4 janvier 1942, on l'envoya dans un laboratoire médical où l'on expérimentait la fièvre urticaire et où l'on utilisait de préférence de jeunes homosexuels comme cobayes humains. H.D. résista bien à la maladie bien qu'il eût plus tard à souffrir de troubles cardiaques [...]

« Entre-temps, les homosexuels nouveaux venus, condamnés par l'article 175, étaient rapidement fusillés dans le bunker. »

Jaroslav Bartl, cité dans « Homosexuelle Häfltlinge im Konzentrationlager Buchenwald »
Nationale Mahn und Gedenkstätte Buchenwald, 1987.

7.9. Libération et évacuation par E. Kogon

Déporté autrichien, résistant, catholique, emprisonné sept ans à Buchenwald, Eugène Kogon est l’auteur du rapport le plus complet sur le camp, qu'il rédige immédiatement après la libération de Buchenwald Ce témoignage fait autorité. 

« Pour les quelques rescapés du voyage Buchenwald-Dachau, la question de la liquidation du « Petit Camp » (car c'est bien de cela qu'il s'agit), alors que le « Grand Camp » était particulièrement épargné, reste une énigme, sinon une écharde dans leur mémoire. Il faut rappeler ici que ce sont environ 38.000 détenus qui, entre le 6 et le 10 avril, furent évacués de force alors que bon nombre d'entre eux, éparpillés dans des Kommandos extérieurs, venaient déjà de subir le « rapatriement » vers Buchenwald dans des conditions extrêmement pénibles. »

« Les peuples libres savaient déjà ce que nous endurions et nous, nous roulions vers Dachau. Nous vivions minute après minute entre une vie chancelante et une mort probable. Dans notre wagon, un camarade ne cessait de répéter : « Je vous dis que c'est un convoi d'extermination » et nous eûmes une grande difficulté à le faire taire...

« Le processus de libération du Grand Camp, sans coup férir et sans réels combats à l'intérieur de l'enceinte (et donc l'abandon du camp lui-même par les SS) ne peut s'expliquer que par la politique suivie par la direction souterraine des détenus. Celle-ci avait organisé militairement le Grand Camp. »

« Sous la pression du commandant Pister, le doyen Hans Heiden et son conseil n'ont pu s'opposer ni à l'évacuation du Petit Camp, ni au départ des convois qui quittèrent Buchenwald entre le 6 et le 10 avril 1945, soit jusqu'à 24 heures avant l'arrivée des Américains. Cela nous conduit à nous poser une question : Pourquoi avons-nous été évacués en priorité ? » 

« Les premiers détenus à être recherchés furent les Juifs. Aussi étrange que cela puisse paraître, les SS n'avaient pas sur leur fichier central la liste des Juifs qui, venant des camps de Silésie, étaient arrivés à Buchenwald en février 1945. Le 4 avril à 18 heures, la convocation des Juifs sur la place d'appel pour une évacuation immédiate fut un échec : les intéressés s'étaient réfugiés dans les blocks. Le 5 avril au moment de l'appel, une sélection vigoureuse basée sur la seule « apparence juive » fut réalisée, avec quelques bavures. Certains détenus durent prouver, pantalon baissé, qu'ils n'étaient pas circoncis. La population rassemblée fut parquée et surveillée. Elle partit en convoi le 6 avril. »

« L'heureuse auto-libération du camp par les détenus eux-mêmes n'a été rendue possible que par l'avance intrépide des unités de la 3e Armée américaine et par l'audace du général Patton. En effet, l'avance de cette armée avait été si rapide que début avril elle avait reçu l'ordre de ralentir son élan pour attendre le 11 avril, date fixée pour la grande offensive sur le front ouest. »

« Certes, le commandant SS Pister reçut bien l'ordre de Berlin de vider le camp à l'approche des troupes américaines, mais c'est bien le Comité International qui décida l'évacuation en priorité du Petit Camp. Faut-il en conclure que le Grand Camp (où se trouvaient les chefs de la résistance intérieure) et les bénéficiaires d'un « certain tri » furent épargnés grâce à des tractations avec le commandement du camp ? C'est tant mieux pour les 21 000 camarades qui purent ainsi être libérés dès le 11 avril. Mais que dire des 38.000 sacrifiés qui furent jetés sur les routes et dont le sort n'était que trop prévisible ? « Ils ont été sacrifiés (les 38.000 évacués) pour maintenir intacte la défense du Grand Camp », a avoué un déporté... Un autre, évacué avec le convoi G, a écrit ces terribles lignes : « Je suis d'avis que le Petit Camp a été sacrifié, la direction clandestine étant consciente que faire évacuer les blocks d'invalides 55 et 56 était pratiquement vouer à la mort ces camarades. Les rescapés français du 55 (dont je faisais partie) se comptaient sur les doigts d'une main lorsque la 2ème D.B. de l'armée Patton nous libéra ! ».

« Certes, les brigades armées du Comité de Résistance n'avaient pas la capacité d'agir pour empêcher les transports massifs des derniers jours. Tout au plus ont-elles pu les retarder ou en soustraire quelques camarades. C'est ce qui explique qu'elles n'interviendront que le 11 avril, peu d'heures avant l'arrivée de l'Armée américaine.

« La prise du pouvoir par les « triangle rouge » dans l'administration interne du camp et les clivages qui en ont découlé (aggravés par la création par les SS du Grand et du Petit Camp) expliquent en grande partie ce qui s'est passé à Buchenwald au début d'avril 1945. On s'interrogera sans doute sur le cas de conscience qui ne manqua pas de se poser aux chefs de l'organisation intérieure de résistance chargés de la sélection pour les évacuations massives imposées par les nazis aux abois. » 

« Hermann Pister connaissait l'existence d'une organisation clandestine du Grand Camp. Certes, il savait qu'une rébellion était possible. Mais il semble permis d'affirmer que la masse des « Untermenschen » du Petit Camp servirent, au fil des évacuations, de « boucliers humains », ce qui permit aux insurgés du 11 avril de se manifester en armes et d'accueillir, dans les heures qui suivirent, les soldats américains. 38.000 bagnards de Buchenwald, qui « ne faisaient pas le poids » n'ont donc pu être soustraits à la sauvagerie démente des SS. Leur destin si tragique appelle sans doute un peu de retenue et moins de triomphalisme lorsqu'on célèbre l'auto-libération de Buchenwald. Pour les survivants de ces « convois de la mort », le mois d'avril 1945 ne sera jamais le souvenir d'une victoire, tant ils garderont en mémoire trop de visions d'horreur, trop de visages de camarades ou d'inconnus que leurs familles ont attendu en vain... »

Eugen Kogon. « L'Etat SS » Collection Points histoire.

7.10. L’arrivée au camp par F. Gadéa

Arrivé le 5 août 1944, interné au « Petit camp », F. Gadéa en repart le 8 septembre avec un kommando pour Peissen, dans la région de Bernburg, à la limite de l'Anhalt et de la Saxe, pour travailler à la construction d'un camp.

« Le convoi s'arrêta et nous comprîmes, aux cris des SS qui entouraient les wagons et aux aboiements féroces des chiens tenus en laisse, que nous étions arrivés à destination. Il était environ 21 heures lorsque nous nous sommes trouvés, à près d'un millier, sur le quai de la gare de Buchenwald. Encadrés par des SS en armes et entourés de chiens aussi hauts que de petits ânes, nous nous sommes engagés sur une longue avenue bordée de petits pavillons d'habitation — les logements des officiers et sous-officiers SS — pour arriver après dix minutes de marche à la porte monumentale du camp. À l'intérieur, sur une grande place entourée de bâtiments imposants, nous avons été comptés et recomptés, par des hommes vêtus d'uniformes bizarres : pantalons rouges, vestes et bérets bleus, puis dirigés dans une immense salle de douche où nous sommes restés entassés les uns sur les autres jusqu'au matin. C'est au cours de cette nuit que nous avons vu pour la première fois les, sinistres tenues rayées et que nous nous sommes rendu compte que nous étions au bagne. »

« Au matin du 6 août, on nous fit sortir pour nous rassembler sur le terre-plein. Nous fûmes dirigés, après ce moment de répit, vers de grandes salles où l'on devait procéder à notre incorporation rondement menée. En quelques secondes je me retrouvai entièrement nu dépouillé de mes bagues, montre, argent, documents et souvenirs. Comme je manifestais mon étonnement, je reçus des préposés — internés allemands déjà anciens — la première distribution de coups de la journée. Nous échouâmes, dans ce simple appareil, dans une autre salle où quelques dizaines d'« anciens » armés de tondeuses et de rasoirs firent disparaître avec conviction et dextérité nos cheveux et notre système pileux. De là, on nous poussa dans une salle dite de douche où le savon était remplacé par de la sciure mouillée. On nous obligea, en usant de brutalités et d'injures, à nous enduire le corps de cette mixture avant de passer sous la douche. Quelques compatriotes, une dizaine, qui portaient des lunettes furent sommés de les déposer dans un coin avant de se livrer à ces ablutions générales. Après la douche, quand on leur ordonna de reprendre leurs lunettes, ils n'étaient plus seuls à se conformer aux injonctions. D'autres, assez nombreux, se ruèrent en même temps qu'eux pour exécuter dans la confusion le mouvement commandé. Cet incident mettait déjà en relief l'efficacité des méthodes nazies. Il faut dire que le voyage Saint-Sulpice - Buchenwald nous avait tous affaiblis, et que certains, dont j'étais, avaient en ces quelques jours perdu 8 à 10 kilos. Il faut ajouter aussi que les distributions de coups et les concerts répétés d'injures, de menaces et de commandements avaient achevé notre mise en condition. »

« On nous conduisit ensuite dans des salles de désinfection où chaque préposé s'affairait, avec un pinceau imbibé d'un liquide verdâtre ou un pulvérisateur, à badigeonner ou à asperger les parties les plus intimes de notre corps. Puis on nous amena, toujours nus, dans des immenses magasins où l'on nous remit de vieux vêtements que nos bons clochards n'auraient certainement pas voulu mettre. Au dos de chaque veste une immense croix de Saint-André avec les lettres KLB (Konzentration Lager Buchenwald) étaient peintes en rouge, tandis que les pantalons portaient, sur le côté extérieur, une bande de la même couleur; une vieille casquette faisait office de couvre-chef ; aux pieds des semelles de bois recouvertes d'une lanière de toile synthétique. »

Fernand Gadéa, contrôleur général honoraire, interné à Buchenwald en août 1944.

7.11. Le Petit Camp par F. Gadéa

Arrivé le 5 août 1944, interné au « Petit camp », F. Gadéa en repart le 8 septembre avec un kommando pour Peissen, dans la région de Bernburg, à la limite de l'Anhalt et de la Saxe, pour travailler à la construction d'un camp.

« Notre immatriculation réalisée, nous avons été dirigés vers le « petit camp » dit « camp de passage » et parqués dans des Blocks. J'étais affecté avec de nombreux Français de mon convoi au Block 52, longue baraque de bois d'une quarantaine de mètres de long sur 8 à 10 de large, et dans laquelle nous étions entassés sur trois niveaux de bat-flanc disposés de chaque côté dans le sens de la longueur. Au milieu un passage assez large permettait l'accès aux bat-flanc. On avait l'impression d'être embarqués sur une immense trirème antique. »

« Ce Block était placé sous la direction d'un Allemand qui se disait antinazi et qui était interné depuis de nombreuses années. Lors du premier appel, il vint à moi et m'administra, pour des raisons que j'ignore encore, une magistrale correction qui ne prit fin que lorsque le souffle lui manqua. La nuit se passa sans fait notable. Nous étions si nombreux qu'il nous était impossible de nous allonger sur le dos, nous dormîmes tête-bêche sur le côté, serrés les uns contre les autres. Le lendemain des camarades du Block ayant quelques notions de couture, fixèrent sur nos vestes à la hauteur de la poche supérieure gauche notre numéro matricule surmonté d'un petit triangle d'étoffe rouge portant la lettre F. Nous sûmes très vite que les internés étaient classés par catégorie, et que la couleur du triangle indiquait leurs antécédents. La lettre donnait la nationalité. Nous pûmes ainsi mieux connaître la topographie du camp et les lieux d'implantation des principaux bâtiments. »

« Les clôtures, apparemment infranchissables tant elles étaient hautes, étaient constituées de plusieurs rangées de barbelés électrifiés. Elles étaient surveillées en permanence, de l'extérieur et du haut des nombreux miradors qui les jalonnaient, par des SS dotés d'armes automatiques. Des chiens complétaient ce dispositif qui était renforcé la nuit par de puissants projecteurs. Le petit camp, qui était séparé du grand par de puissants barbelés ajourés en quelques points de chicanes jalousement gardées, contenait 7 à 8 mille individus de tous âges et de toutes origines, vivant dans une atmosphère de tour de Babel. On y parlait toutes les langues et le moindre objet - bouton, épingle de nourrice, aiguille, boite en fer blanc - prenait ici une valeur insoupçonnée ailleurs. Les échanges donnaient lieu à de longs palabres qui se terminaient souvent par de véritables batailles à l'issue desquelles les moins astucieux et les moins forts se retiraient dépouillés et rossés. »

Fernand Gadéa : contrôleur général honoraire, interné à Buchenwald en août 1944.

7.12. Les corvées par F. Gadéa

Arrivé le 5 août 1944, interné au « Petit camp », F. Gadéa en part le 8 septembre avec un kommando pour Peissen, dans la région de Bernburg, à la limite de l'Anhalt et de la Saxe, pour travailler à la construction d'un camp.

« Une fois mesurés et photographiés, nous avons accompli notre première corvée qui consistait à transporter des pierres de la carrière au camp. Cette carrière, située à environ 1,5 kilomètre du lieu de détention, offrait un spectacle hallucinant. Sur les pitons et aux points les plus bas, des SS en armes et quelques conducteurs de chiens montaient une garde. Les malheureux qui y étaient affectés devaient maintenir, sous une avalanche de coups de triques et d'injures, une cadence de travail des plus accélérées. Après l'extraction à l'explosif, la dislocation des blocs s'effectuait au pic dans des conditions inhumaines et dans une atmosphère de sauvagerie entretenue par les kapos et les Vorarbeiters sous l'œil narquois des SS. Nous nous chargions de pierres et nous retournions au camp pour les déposer auprès des maçons, des internés comme nous, occupés à construire les assises de blocks imposants. »

« D'autres corvées plus pénibles nous attendaient, en particulier celle du « Scheisskommando ». Toutes les déjections des détenus, reçues dans des fosses alimentées d'un filet d'eau et sur les petits murs desquelles il fallait s'asseoir en rang et dos à dos pour faire ses besoins, parvenaient par un système de canalisations souterraines dans des bassins installés dans la partie basse du camp. Ces bassins, peu profonds, du genre marais salants, recevaient les matières fécales qui se diluaient dans l'eau. Sous l'action de l'air et du soleil, l'eau s'évaporait et à la surface apparaissait bien vite une croûte que nous devions ramasser à l'aide de pelles et étendre sur des aires proches. Quand ces matières étaient presque sèches, nous les transportions sur des civières à proximité des jardins, où nous les entassions dans des sacs qui étaient chargés sur des camions qui se dirigeaient ensuite vers l'extérieur. Les Français du Block 52 étaient peu nombreux à effectuer ce travail, une dizaine au plus. Chaque fois nous étions incorporés manu militari à cette équipe spéciale d'une cinquantaine de détenus de nationalités différentes, auxquels on faisait subir les pires brimades. Il ne se passait pas de jour sans que les SS et les kapos n'aient la fantaisie de nous pousser dans cette eau nauséabonde. Nous devions ainsi travailler dans une odeur pestilentielle, entourés de mouches et de moustiques attirés par les matières fécales qui avaient imprégné nos loques. »

« Nous connaissions les moments les plus déprimants à notre retour. Après l'appel, souvent interminable, nous étions contraints par les Stubendienst - les préposés au service du Block - de rester dehors et d'attendre le milieu de la nuit ou le petit jour avant d'entrer. Nous traînions avec nous une puanteur indicible que nous nous efforcions d'atténuer lorsque nous avions le bonheur d'avoir un peu d'eau pour rincer nos défroques et nous laver. »

« La nourriture était des plus légères. Un demi-litre de soupe distribuée à des heures irrégulières, tantôt le matin, tantôt le soir, une tranche de pain noir accompagnée d'un bâton de « tafel-margarine » ou d'une cuillerée de mélasse constituaient l'ordinaire journalier, amélioré quelquefois de raves crues. »

Fernand Gadéa, contrôleur général honoraire, interné à Buchenwald en août 1944.

7.13. Le bombardement d’août 44 par F. Gadéa

Arrivé le 5 août 1944, interné au « Petit camp », F. Gadéa en repart le 8 septembre avec un kommando pour Peissen, dans la région de Bernburg, à la limite de l'Anhalt et de la Saxe, pour travailler à la construction d'un camp.

« Le 25 août 1944 fut pour nous une date mémorable. Nous nous trouvions assez nombreux ce jour-là, vers 11 heures, à l'intérieur du Block, pour des raisons que j'ai depuis oubliées, quand l'alerte sonna. Nous n'y prêtions pas tellement attention car les alertes étaient nombreuses. Ce ne fut que quelques minutes plus tard que nous comprîmes que nous étions en danger. Pendant près d'une demi-heure, les vagues de bombardiers se succédèrent dans le fracas des accélérations des appareils et des explosions. On sut très vite que le camp n'avait presque pas été atteint mais que les usines, les casernes qui le bordaient avaient été en grande partie sérieusement endommagées. »

« La fin de l'alerte sonna et nous pûmes, au milieu des cris des kapos et des SS affolés, mesurer l'ampleur des dégâts. Les secours s'organisèrent dans un désordre indescriptible. Les blessés étaient transportés selon leur état à dos d'homme ou sur des civières de fortune, faites de branches d'arbres hâtivement coupées, vers les Reviers et la maison de joie transformée en hôpital. On lavait les plaies à l'eau, on tentait d'arrêter les hémorragies à l'aide de garrots faits de ficelles, de fils électriques, on tamponnait les plaies avec des chiffons et des papiers, on incisait, on amputait à froid. Plusieurs bungalows construits sur les pentes de Buchenwald en dehors du camp, et dans lesquels étaient installés des internés de marque, furent touchés par ce bombardement. C'est dans l'un de ceux-ci que la princesse Mafalda, épouse du prince de Hesse, fille du roi d'Italie, fut grièvement blessée. Transportée au chalet, elle devait y décéder. »

« Les pavillons des officiers et des sous-officiers SS avaient été pulvérisés, les casernes en grande partie démolies. Partout des lambeaux de chair, du sang, des cadavres qui n'avaient pas encore été retirés. À l'intérieur du camp, non loin de la place d'appel et des cuisines, le vieux chêne à l'ombre duquel, selon des données de l'histoire, Goethe venait souvent méditer avait été partiellement brûlé. Certains, évoquant une pensée du poète, voyaient en cet événement la fin du IIIe Reich. L'état-major SS du camp réagit promptement et la reprise en main des internés intervint dans la soirée. Le lendemain et les jours qui suivirent, nous fûmes occupés à des travaux de déblaiement. Les fours crématoires fonctionnèrent sans arrêt jour et nuit. »

Fernand Gadéa, contrôleur général honoraire, interné à Buchenwald en août 1944.

7.14. Kommandos extérieurs par A. Bonifas

« Une des méthodes du Système est précisément de réserver aux plus faibles, aux malades, à ceux qui n’ont pas de défense, les travaux les plus durs. Car il existe des kommandos plus durs les uns que les autres, selon le travail qui leur est assigné et l’encadrement qui surveille son exécution ; des kommandos maudits où l’on meurt plus vite qu’ailleurs et, chaque jour, les sortants du Revier ou du Schonung, souvent si mal guéris, sont immanquablement dirigés vers « Walbrecht Grube » ou « Dany ». Ces kommandos sont toujours dirigés par les kapos et Vorarbeiters les plus mauvais, souvent des triangles verts sadiques, trouvant une compensation à faire souffrir. Ainsi fonctionne la technique d’extermination des hommes par le travail. »

Pasteur Aimé Bonifas.

Buchenwald libéré : 11 avril 1945 Buchenwald libéré : 11 avril 1945 19 juillet 1937 Arrivée du premier kommando de 149 droits communs de Sachsenbourg pour installer un camp sur la colline de l’Ettersberg près de Weimar. 1 janvier 1938 Il y a 2.557 détenus dans le camp. 1 janvier 1939 Il y a 11.028 détenus dans le camp. 15 juin 1938 Arrivée d’un convoi des 500 premiers Juifs au camp. 11 nov. 1938 Suite à la nuit de cristal, 9.815 Juifs allemands sont internés. 25 juin 1943 Le premier convoi de Français arrive à Buchewald. 36.000 français passeront dans le camp. 24 août 1944 Le camp est bombardé par l’aviation alliée. Il y a des centaines de morts. 01 avril 1945 Il y a 48.000 détenus dans le camp. 03 avril 1945 Début de l’évacuation du camp. 11 avril 1945 Les Américains de Patton entrent dans le camp. Buchenwald : le mémorial des tziganes Sinti et Roma Buchenwald : le mémorial des tziganes Sinti et Roma



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